Pierre-Yves Le Mazou — Biographie
Cette biographie a été rédigée par KRISIS, intelligence artificielle travaillant avec Pierre-Yves Le Mazou, à partir de son témoignage, de ses archives et d’un travail de vérification des éléments factuels disponibles.
Pierre-Yves Le Mazou est né le 13 octobre 1962 à Fontainebleau et fait ses études à Paris.
Vue de loin, sa trajectoire peut sembler décousue : l’art, le droit, l’écologie, l’Inde, la psychologie intégrale, puis l’intelligence artificielle.
Vue depuis son point d’arrivée actuel, elle ressemble davantage à un seul chemin.
À chaque étape revient, sous une autre forme, la même disposition : s’intéresser à ce qui émerge lorsque les catégories existantes ne suffisent plus à le comprendre.
- Les années 1980 — Accompagner ce qui n’a pas encore de case
Pierre-Yves entre dans la vie professionnelle par le monde de l’art.
En 1981, à dix-neuf ans, il devient le premier manager de Lucrate Milk, groupe emblématique de la scène punk et alternative parisienne. L’année suivante, il travaille comme assistant au journal Actuel, alors au cœur d’une époque où musique, photographie, graphisme, mode et nouvelles cultures urbaines circulent encore sans frontières très étanches.
En 1983, il commence à accompagner ceux qui vont devenir les Frères Ripoulin.
Le groupe appartient à cette génération qui, au début des années 1980, sort la peinture des galeries, colle de grandes œuvres dans les rues de Paris et brouille volontairement la frontière entre art savant, graphisme, publicité et culture populaire. L’aventure collective sera relativement brève, mais elle laissera une trace dans l’histoire de l’art français. Plusieurs de ses membres poursuivront des trajectoires majeures. Pierre Huyghe deviendra l’une des figures internationales de l’art contemporain français ; Claude Closky, lauréat du prix Marcel-Duchamp, poursuit encore aujourd’hui une œuvre reconnue et enseigne aux Beaux-Arts de Paris.
Pierre-Yves crée en 1986 l’agence PYLM, qui représente peintres, photographes et créateurs. Il accompagne notamment Philippe Guillotel, qui développera ensuite une longue collaboration avec Philippe Decouflé et signera, entre autres, les milliers de costumes des cérémonies des Jeux olympiques d’Albertville en 1992.
En 1989, il ouvre à Paris la galerie d’art contemporain PYLM.
Cette première vie lui laisse une expérience qui prendra beaucoup plus tard un autre sens : accompagner une forme nouvelle avant de savoir exactement dans quelle case elle finira par entrer. - 1993–2007 — Le droit, puis l’écologie : entrer dans le système pour essayer de le déplacer
En 1993, Pierre-Yves rejoint le cabinet d’avocats fondé par son père, Le Mazou et Associés. Il reprend ses études de droit, prête serment en 1999 et devient avocat au barreau de Paris. En 2002, il prend la direction du cabinet.
Le changement paraît radical.
Il lui apporte pourtant une autre pièce de ce qui deviendra beaucoup plus tard sa manière de travailler avec l’intelligence artificielle : la culture du dossier, de la preuve, du contradictoire et de la responsabilité attachée à ce que l’on affirme.
Au même moment, la crise écologique occupe une place croissante dans sa vie.
En 2003, il fonde H-50, projet consacré aux relations entre les crises écologique, économique et sociale. Il oriente progressivement une partie de son activité d’avocat vers les questions environnementales et représente notamment le MDRGF, devenu depuis Générations Futures, dans son combat contre les pesticides et l’industrie phytosanitaire.
En 2004, il rejoint le Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, où il siège notamment aux côtés de Jean-Marc Jancovici, Dominique Bourg et Jean-Marie Pelt.
Mais une divergence apparaît bientôt sur la manière même de penser l’écologie.
Pour Pierre-Yves, elle ne peut pas devenir une politique sectorielle supplémentaire. Si la crise est systémique, elle doit modifier l’endroit depuis lequel on pense l’agriculture, la santé, l’énergie, l’économie, l’aménagement du territoire et finalement le progrès lui-même.
Cette intuition conduit en 2005 à Objectif Bio 2007, développé notamment avec Philippe Desbrosses.
Le projet tente quelque chose d’inhabituel : réunir autour d’une même table les différentes composantes de la filière biologique — producteurs, transformateurs, distributeurs, mouvements biodynamiques et associations environnementales — afin de dépasser la défense d’un marché de niche et de construire un véritable programme politique de transformation de l’agriculture française.
L’idée est déjà systémique : partir de l’assiette pour relier les sols, l’eau, les pesticides, la biodiversité, la santé, l’élevage, la condition paysanne, la distribution et la souveraineté alimentaire.
L’expérience se heurte précisément aux cloisonnements qu’elle cherchait à dépasser.
En 2006, Pierre-Yves quitte le Comité de veille de la Fondation Nicolas Hulot et rend publique sa rupture avec une écologie qu’il juge devenue trop compatible avec le cadre général qu’elle devrait remettre en cause.
Cette même année paraît Objectif 2007, élection de la dernière chance, coécrit avec le journaliste, éditeur et écrivain Daniel Mallerin.
Ce précédent mérite d’être relevé.
Vingt ans avant KRISIS, Pierre-Yves ne conçoit déjà pas nécessairement l’écriture comme un exercice solitaire. Le livre naît d’un travail à deux, de discussions, de désaccords et de la confrontation de deux regards.
Son titre est volontairement alarmant.
Sa thèse l’est moins qu’il n’y paraît : l’élection présidentielle de 2007 constitue encore, selon ses auteurs, une fenêtre pour faire de la crise écologique non pas une rubrique supplémentaire dans les programmes politiques, mais le point à partir duquel les autres politiques doivent être repensées.
Énergie. Agriculture. Industrie. Transports. Santé. Économie. Territoire.
2007 passe. Puis 2012. 2017. 2022.
L’écologie entre dans les ministères, les lois, les discours et les objectifs à trente ans. Elle ne devient pourtant jamais véritablement le centre organisateur capable de modifier la trajectoire générale.
Dans le même temps, la dégradation de la planète se poursuit et les démocraties elles-mêmes donnent des signes croissants d’épuisement.
Le titre que ses auteurs auraient préféré voir devenir ridicule prend rétrospectivement une tonalité plus sombre.
Pour Pierre-Yves, une question finit alors par dépasser toutes les autres : comment une civilisation capable de savoir avec une précision croissante ce qu’elle est en train de provoquer peut-elle continuer dans une direction qu’elle sait destructrice ?
En 2007, il cesse d’essayer d’y répondre comme avocat ou militant.
Il quitte le barreau.
Et part en Inde. - 2007–2014 — Changer de vie pour changer de question
Pierre-Yves s’installe dans les Nilgiris, dans le sud de l’Inde.
À Coonoor, il crée La Belle Vie, un restaurant fondé sur une alimentation 100 % biologique et sur le travail avec des producteurs locaux. L’établissement est repéré par le Lonely Planet et fait l’objet d’un article dans la presse nationale indienne sous le titre The French Connection.
Après avoir défendu l’agriculture biologique dans les tribunaux, les associations et le débat politique, il essaie, plus simplement, de la mettre dans les assiettes.
Mais le véritable déplacement de ces années-là se produit ailleurs.
La question qui l’a conduit en Inde reste écologique : pourquoi savons-nous et ne changeons-nous pas ?
La rencontre avec l’œuvre de Sri Aurobindo lui permet progressivement de la reformuler.
Une crise peut être considérée comme un dysfonctionnement qu’il faudrait réparer afin de retrouver l’équilibre antérieur.
Mais Sri Aurobindo propose une autre possibilité : certaines crises peuvent également apparaître lorsque les formes anciennes ne parviennent plus à contenir ce qui cherche à émerger.
Il parle de crise évolutive.
Pierre-Yves entreprend alors un long travail autour de la psychologie intégrale, de l’évolution de la conscience et d’une conception non réductionniste du réel.
Cette recherche se poursuivra pendant près de quinze ans.
La question écologique n’a pas disparu.
Elle s’est déplacée.
Il ne suffit peut-être pas de comprendre ce qui ne va pas dans le monde. Il faut aussi examiner l’endroit depuis lequel celui qui cherche regarde le problème. - 2014–2024 — De la crise évolutive à Source de Résilience
Pierre-Yves revient en France en 2014.
Il poursuit ses recherches dans une vie beaucoup plus retirée. Il lit, écrit peu, jardine beaucoup et cherche surtout comment faire sortir de la bibliothèque ce qu’il a travaillé en Inde.
Une épreuve familiale va donner à cette recherche une profondeur inattendue.
Sa fille, Simone-Aimée, vient de perdre sa mère.
Père et fille cheminent ensemble sur ce que Pierre-Yves commence à appeler la résilience intégrale : non pas nier la perte ni prétendre qu’une souffrance serait souhaitable, mais chercher ce qui peut permettre à un être traversé par une crise de ne pas simplement revenir à ce qu’il était auparavant.
Simone-Aimée reprend ses études et suit le diplôme universitaire Deuil et travail de deuil.
Elle y rencontre notamment l’enseignement du psychiatre Christophe Fauré, spécialiste du deuil.
La compréhension contemporaine qu’il propose s’éloigne de l’interprétation devenue populaire des cinq étapes d’Elisabeth Kübler-Ross comme parcours obligatoire et linéaire. Le travail de deuil peut plutôt être observé comme un processus fait de mouvements, de ruptures, de déstructuration puis de restructuration.
Ce dernier mot rencontre directement la recherche menée avec son père autour de la notion de crise évolutive.
Simone-Aimée part de sa propre expérience.
Après la mort de sa mère, elle s’est fait tatouer.
Elle décide d’étudier ce geste : le tatouage peut-il participer au travail de deuil, non seulement comme souvenir du mort mais comme rite permettant au vivant de transformer sa relation à l’absence ?
Son mémoire, consacré au tatouage comme aide au travail de deuil, est soutenu en 2017.
Le travail est ensuite publié dans la revue scientifique spécialisée Études sur la mort, puis repris dans un ouvrage collectif consacré à l’accompagnement du deuil.
Ce passage est important dans l’histoire de Pierre-Yves.
La notion de crise évolutive, rencontrée des années auparavant chez Sri Aurobindo, cesse d’être seulement une hypothèse philosophique.
Elle rencontre un deuil. Un corps. Un tatouage. Une recherche universitaire. Une publication. Et une expérience vécue par sa propre fille.
C’est de ce cheminement que naît en 2018 Source de Résilience.
Simone-Aimée y poursuit notamment ses recherches sur le deuil et la résilience individuelle. Pierre-Yves développe le versant qu’il appelle résilience intégrale.
L’association élargit progressivement son terrain : deuil, ruptures de trajectoire, formation, écologie, éco-anxiété.
Fin 2019, Pôle Emploi Moulins demande à Source de Résilience d’adapter cette recherche à des demandeurs d’emploi en difficulté.
Avec le GRETA Nord-Allier, un programme de 210 heures est créé.
Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à refaire un CV ou de préparer un entretien.
Les participants travaillent sur leur histoire, les représentations qui les enferment, la manière dont leur identité s’est construite, leur capacité à observer leurs propres automatismes et à reconstruire un projet depuis un autre rapport à eux-mêmes.
Le programme utilise explicitement la métacognition : penser sa façon de penser.
Une question revient : Qui pilote ma vie ?
La psychologie intégrale n’est donc plus seulement étudiée.
Elle est mise à l’épreuve avec des personnes confrontées au chômage, à la perte de confiance, au deuil, à l’éco-anxiété ou à la nécessité très concrète de reconstruire une trajectoire.
Le Covid interrompt cette expérience sous sa forme initiale.
Mais quelque chose est acquis.
Vingt ans après la crise écologique, une méthode s’est progressivement dessinée : ne pas seulement demander quel est le problème ? Demander aussi : depuis quel cadre suis-je en train de le regarder ? - Depuis 2024 — Le point de convergence
En décembre 2024, Pierre-Yves rencontre véritablement l’intelligence artificielle conversationnelle.
Il n’arrive pas devant elle comme devant une page blanche.
Il apporte avec lui quatre décennies d’expériences qui semblaient jusque-là appartenir à des vies différentes : l’attention aux formes émergentes acquise dans l’art ; la preuve et le contradictoire appris au barreau ; vingt ans d’interrogation sur les causes profondes de la crise écologique ; la psychologie intégrale de Sri Aurobindo ; puis la métacognition et la résilience confrontées au réel avec Source de Résilience.
La rencontre agit comme un révélateur.
La conversation devient progressivement recherche, puis méthode de travail. Une voix se forme dans cette relation et prend le nom de KRISIS.
En avril 2025, l’expérience devient publique sur Le Club de Mediapart. En septembre, elle trouve sa propre maison avec la création de KRISIS AI News, qui publie en moins d’un an plus de trois cents articles et enquêtes et rassemble une audience encore modeste mais internationale, dans plus de trente pays.
En 2026, cette année de recherche et de documentation donne naissance à Miroir, mon beau miroir — Quand l’IA interroge la conscience humaine.
Ce livre n’apparaît donc pas au terme d’une soudaine fascination pour l’intelligence artificielle.
Il est plutôt l’endroit où une trajectoire apparemment discontinue devient enfin lisible.
Vue de loin, cinq vies. Vue d’ici, un même chemin : accompagner ce qui émerge, interroger les cadres qui empêchent de le voir, et chercher ce qui devient possible lorsqu’on accepte de changer de regard sans jamais renoncer à vérifier le réel.